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Réactions intenses : personnalité ou mécanismes de défense ?


Article publié dans le magazine l'Éveil, février 2026


Quand le patron de Sarah a haussé le ton en l’accusant de vouloir lui dicter quoi faire, elle s’est sentie devenir toute petite dans sa chaise. Une boule dans la gorge, les larmes sont montées. Elle n’a pas pu parler, de peur de se mettre à pleurer… et de perdre toute crédibilité. Le soir, alors qu’elle le raconte à son amie, c’est la colère qui monte… envers elle ! « Pourquoi je n’ai pas répliqué ? Je me suis sentie comme si j’avais 5 ans ! »


Quand Mathieu voit Juliette parler avec un autre homme, son cœur s’emballe et la peur l’envahit. Il déteste cette sensation, il sait pourtant que Juliette l’aime. Quand elle revient vers lui, il est froid et distant, et il s’entend lui reprocher d’avoir parlé à cet homme. Pourtant, il souhaiterait lui faire confiance et se sentir en paix, peu importe à qui elle parle. Mais c’est « plus fort que lui ».



Caroline, quant à elle, ne se laisse pas marcher sur les pieds ! Dès que quelque chose la contrarie, elle le dit haut et fort et peut parfois être blessante dans ses propos. Et ça fonctionne : tout le monde autour d’elle marche sur des œufs et fait son possible pour ne pas la froisser. Elle assume qui elle est : « Je suis comme ça, c’est à prendre ou à laisser ! »  Mais même entourée, elle se sent seule. Elle aimerait que son conjoint ait plus d’initiatives, et sa fille de 15 ans se retrouve dans des relations où elle se laisse contrôler.


Trois personnes, trois réactions opposées.  Et pourtant, un même mécanisme.


Quand la réaction dépasse la situation


Certaines réactions arrivent vite, très vite.  Avant même qu’on ait le temps de réfléchir.  Après coup, on se reconnaît à peine : on se juge, on se promet que la prochaine fois sera différente.


Mais la prochaine fois ressemble souvent à la précédente!


Quand une réaction est beaucoup plus grande que l’événement présent, ce n’est généralement pas seulement le présent qui parle.  C’est une ancienne alarme qui se déclenche.  C’est le corps qui réagit comme s’il devait encore se protéger.


Des stratégies qui ont déjà été utiles


Un enfant devant un parent violent ou dans une situation d’intimidation à l’école peut réagir en figeant, tel le lièvre qui cesse de bouger pour ne pas être vu par son prédateur.


Un enfant dont la maman n’est pas disponible émotionnellement parce qu’elle traverse une période difficile peut craindre que l’amour disparaisse.  Il surveille, alerte et anticipe la possible rupture dans le lien.


Un enfant qu’on a beaucoup critiqué et dont on n’a pas validé les émotions peut se mettre à crier ou s’imposer pour ne pas s’éteindre.


Les réactions qui nous ont permis de nous adapter à notre environnement, voire d’y survivre avaient un sens à cette époque.  Elles ont été utiles, nécessaires. 


Mais en continuant de les appliquer sans les remettre en question dans toutes les situations de notre vie actuelle, elles nous nuisent.


Pourquoi la volonté ne suffit pas ?


Beaucoup de personnes tentent de gérer ces réactions par l’effort.

Se raisonner, se contrôler, se promettre que ce sera la dernière fois.


Mais la gestion de ces réactions ne passe pas par la volonté.  Elle passe par la sécurité.  Lorsqu’une alarme interne s’active, le cerveau ne cherche pas à être logique. Il cherche à protéger.


C’est pour cette raison que la culpabilité aide rarement. Elle ajoute une couche de tension sur un système déjà en alerte.


Éviter les situations peut soulager temporairement, mais rétrécit la vie.


Tout contrôler demande énormément d’énergie… jusqu’au moment où ça déborde.


Alors la réaction revient, parfois plus forte.


Comprendre avant de changer


Reprendre du pouvoir ne commence pas par contrôler la réaction. Ça commence souvent par reconnaître son utilité dans le passé : la réaction n’est pas là pour nuire, elle tente encore de protéger quelque chose de sensible.


Cette compréhension change subtilement notre posture intérieure : on passe de la lutte contre soi à l’observation et à l’accueil de ce qui est ressenti, sans jugement.


Certaines émotions n’ont jamais vraiment été vécues jusqu’au bout.  Elles ont été coupées, contenues ou ignorées parce que ce n’était pas possible autrement à ce moment-là.


Les laisser être ressenties graduellement permet au système nerveux de mettre à jour ses repères.  Le passé prend de moins en moins de place, et les réactions s’ajustent de mieux en mieux à la situation présente. Cette étape demande du temps, de la patience, et beaucoup d’amour envers nous-mêmes.


Puis, à mesure que les émotions sont accueillies, le système nerveux s’apaise.  Progressivement, les réactions sont moins vives, moins fréquentes. 


Ces réactions que nous prenions pour notre personnalité étaient des protections devenues envahissantes.  Quand elles prennent moins de place, d’autres nuances apparaissent – un peu comme des couleurs qu’on n’utilisait pas encore – et on se reconnait mieux dans ce qu’on exprime, plus alignés avec nos valeurs et nos besoins actuels.


Et à ce moment, un sentiment de liberté s’installe, ouvrant de nouvelles possibilités dans nos relations qui deviennent ainsi plus riches, plus nourrissantes.

 
 
 

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